1er Congrès de l'Afea / 21-24 septembre 2011
Paris (France)

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L'accès au football professionnel : une préoccupation populaire ?
Samuel Duvillet  1, *@  
1 : Centre de recherches sur le sport et le mouvement  (CeRSM)  -  Site web
Université Paris Ouest Nanterre La Défense : EA2937
200 avenue de la république - 92000 NANTERRE -  France
* : Auteur correspondant

L'école n'est pas le seul moyen de réussir socialement et économiquement. La société à économie de marché, au système libéral, dans lequel nous vivons permet à des individus de vendre leur savoir-faire sur le marché. Un système dont profitent les footballeurs professionnels de notre époque, tirant des avantages économiques et sociaux très importants de leur pratique sportive. Ce sport représente d'ailleurs pour ces footballeurs un moyen d'ascension sociale lorsque l'on se renseigne sur leurs origines sociales, très souvent populaires. On peut, par exemple, affirmer qu'en équipe de France, les joueurs évoluent, de par les joueurs qui composent l'équipe, dans un milieu social identique à celui de leur origine populaire, leurs profils étant souvent identiques[1]Le football professionnel semble réunir moins d'obstacles à la réussite que le système scolaire. D'un côté une école qui offre, souvent, peu la réussite aux enfants élevés dans des familles aux caractéristiques populaires et de l'autre un sport professionnel, le football, dont les enfants des milieux populaires sont réputés pour y briller et y être surreprésentés. Ces deux rapports m'amènent à poser la problématique suivante :

Le football, en milieux populaires, peut-il concurrencer l'école, dans l'approche stratégique de réussite des parents pour leur enfant qui verraient par le football un moyen d'échapper aux contraintes du système scolaire qu'ils ont du mal à maîtriser ? Une problématique enrichie par deux hypothèses fortes :

  • Pour les couches inférieures, le football n'est pas seulement un moyen de s'accomplir ou de prendre du plaisir dans une pratique mais un moyen de réussir financièrement et socialement sans modifier la culture et les valeurs de son milieu d'origine
  • Les parents de milieux populaires sont davantage prédisposés à s'investir dans le football plutôt que dans le système scolaire du fait qu'ils y retrouvent leurs valeurs et que le soutien à apporter à l'enfant est plus lisible.

Par la combinaison d'une approche théorique en sociologie et d'une enquête de terrain, il convient d'étudier si le football, en tant que sport professionnel offrant des perspectives d'ascensions sociales, est considéré, par des parents, comme étant une voie d'accès vers la réussite, concurrente du système scolaire, et méritant donc d'y porter un intérêt et un investissement particulier.

Mon enquête ethnographique se déroule dans le département de la Seine-Saint-Denis, réputé pour les difficultés sociales que connait une partie de sa population c'est également un territoire où le football fait parti de l'environnement (nombreux lieux de pratique). L'étude se concentre dans quatre clubs de football du département, Le Raincy, Villemomble, Drancy, Aubervilliers, ces villes comportant des données sociales très différentes, il s'agit d'identifier les origines sociales des familles et d'étudier leurs comportements face à la pratique sportive. Il est question, dans cette enquête, d'observer puis de s'entretenir, par des entretiens semi-directifs, avec les parents qui investissent dans le capital sportif de leur enfant. Ces entretiens sont ensuite mis en lien avec les entretiens effectués avec les éducateurs sportifs et les enseignants en relation avec les mêmes familles, afin de déterminer si ces parents placent, d'une manière ou d'une autre, le football en concurrent du système scolaire dans leurs stratégies de réussite pour leur enfant.

Parmi les facteurs qui font prospérer l'inégalité des chances à l'école, je m'attarde davantage sur les crises identitaires, des jeunes des milieux populaires liées à leur réussite scolaire, par la réalisation d'entretiens[2]. Ces entretiens sont construits de manière à renouveler des éléments d'explications des crises identitaires liées à l'école dans une littérature déjà très riche à ce sujet. Par le profil des individus interrogés il est question, en plus de déterminer comment ils ont vécus leur ascension sociale par les études, de cerner leur représentation actuelle de la réussite sociale et de discerner leur représentation du métier de footballeur. Au-delà de leurs parcours individuels, il s'agit de définir le contexte de socialisation plutôt favorable à l'épanouissement de ces jeunes par le sport que par les études.


[1] William Gallas, Franck Ribéry, Alou Diarra, Abou Diaby, Nicolas Anelka, Eric Abidal, Patrice Evra, Thierry Henry, André-Pierre Gignac, Gaël Clichy, Hatem Ben Arfa, Karim Benzema, Samir Nasri. Ces footballeurs professionnels ont plusieurs caractéristiques communes, ils ont fréquenté l'équipe de France à la même époque (2010) et ont tous vécu, durant leur jeunesse, en cité.

[2] Ces enquêtes concernent des sujets ayants, grandi en Seine-Saint-Denis et en milieux populaires, connu une scolarité publique proche de son habitat (Etablissements ZEP, ZUS, ou apparentés), pratiqué le football durant l'enfance/l'adolescence et connu la réussite dans les études supérieurs (minimum Bac+3)


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