1er Congrès de l'Afea / 21-24 septembre 2011
Paris (France)
Natation sportive et évolution. Le cauchemar de Darwin ?
Luc Collard  1, *@  
1 : Groupe d'étude pour l'Europe de la culture et de la solidarité  (GEPCS)  -  Site web
Université Paris Descartes
45 rue des Saints Pères, Bâtiment Jacob - 75270 Paris cedex 06 -  France
* : Auteur correspondant

Y a-t-il un rapport entre Mauss et Darwin ? C'est le sujet de cette communication qui s'attachera à montrer l'inertie et l'inventivité humaines associées à l'évolution des techniques de nage et leur apprentissage. En milieu aquatique, l'espèce humaine n'est peut-être pas aussi bien dotée que d'autres mammifères, mais son ingéniosité et ses capacités d'apprentissage peuvent lui permettre de compenser son handicap. « C'est en quoi l'homme se distingue avant tout des animaux, précise Mauss (1934) : par la transmission de ses techniques... » (p. 371).

 

On le sait aujourd'hui, au cours de l'évolution, certains animaux après avoir conquis le sol ferme sont retournés vers l'eau (Thewissen, 1998). Au gré de dérèglements génétiques adéquats, quelques mammifères sont devenus semi-aquatiques (phoque, loutre) et d'autres complètement marins (dauphin, baleine). Cette odyssée s'est accompagnée d'une transformation de taille dans les mécanismes de propulsion : la transition des forces de traînée (tirer des masses d'eau vers l'arrière selon la troisième Loi de Newton : l'action/réaction) en forces de portance (créer du vortex à partir d'ondes de dépolarisation dans des mouvements d'ondulations immergés) (Fish, 1996). À l'instar des mammifères semi-aquatiques, les nageurs de compétition passent près d'un quart de leur vie de champion dans l'eau. Ils sont tout à fait capables de s'exercer à la propulsion par portance.

 

L'homme ne sait nager naturellement ? Qu'à cela ne tienne, il inventera des « actes traditionnels efficaces » : ses techniques du corps (Mauss, 1934). Au nom du "Darwinisme sportif", on imagine mal perpétuer des techniques de nage inefficaces et refuser l'émergence d'autres plus rentables. Et pourtant, n'est-ce pas ce que l'on observe aujourd'hui dans les bassins d'entraînement et de compétition ? En dressant les nageurs à rester en surface, les techniques de l'homme ne vont-elles pas à contre-courant de celles plus adaptées des mammifères reconquérant le milieu aquatique ?

 

Si les modifications génétiques ont permis à certains animaux de s'adapter au milieu aquatique en transformant leurs techniques, seules des transformations « mémiques » - sortes de mutations culturelles au sens de Dawkins (1989) – peuvent accompagner l'évolution des techniques sportives de nage. À partir du décryptage précis de championnats internationaux de natation et de données issues de la mécanique des fluides, on observera que les techniques de l'homme tentent de singer celles des mammifères marins les mieux adaptés. Les 4 nages officielles (papillon, dos, brasse, crawl) pourraient être submergées par une 5ème technique : l'ondulation type dauphin (Collard, 2009). Mais ce proces se heurte à la tradition de l'Institution sportive prompte à s'auto-reproduire à la façon d'un réplicateur génétique.


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